Entretien avec M. DA Hien Daniel, Représentant de la Ligue des Consommateurs du Burkina Faso

« Que ce soit au Mali, au Burkina ou au Nigéria, le consommateur demeure un être humain dans un espace régional intégré qui doit être protégé par rapport à des contrefaçons, des malfaçons »

 

Membre actif de la Ligue des Consommateurs du Burkina Faso, une organisation citoyenne de veille, d’interpellation et également une force de propositions pour aider davantage à mieux consommer, M. DA Hien Daniel était aux côtés de ses collègues de la région pour participer à la validation du cadre réglementaire communautaire de la CEDEAO consacré à la protection des consommateurs de l’espace. A travers cet entretien, il évoque les enjeux de la consommation en général et au Burkina Faso en particulier, avant d’insister sur la nécessité d’éduquer le consommateur sur ses droits et obligations.

 

 

PSQAO : Quels sont les points importants adoptés par vous, en tant que représentant des consommateurs du Burkina Faso ?

 

M. DA Hien Daniel : Je crois que les éléments les plus importants que je pourrais considérer comme les conclusions de cette rencontre sont pour moi la mise en commun des efforts, la synergie des associations de consommateurs et l’accompagnement de la CEDEAO pour la mise en place du Conseil régional des consommateurs. Je crois que c’est un organe très important qui viendra harmoniser la lutte que mènent les associations de consommateurs de l’espace CEDEAO et qui leur permettra, à travers une plateforme d’échanges, de partager les expériences et de mettre également en place les mécanismes d’alerte pour que la circulation des produits dans l’espace CEDEAO soit fluide et bien suivie de manière citoyenne par les associations de consommateurs.

 

PSQAO : Est-ce que vous pouvez revenir sur le cadre juridique déjà existant en matière de protection des consommateurs au Burkina Faso ? Puis l’intérêt de l’adoption du cadre réglementaire de la CEDEAO pour la défense du consommateur Burkinabè?

 

M. DA Hien Daniel : Le Burkina Faso dispose beaucoup de textes disparates qui protègent les consommateurs dans tous les domaines de la vie, aussi bien économique que social. Toutefois, il y a des insuffisances parce que nous n’avons pas une loi spécifique qui protège les consommateurs. Ce qui fait qu’aujourd’hui, les gens ne connaissent ni leurs droits, ni leurs devoirs. Tout le temps, on s’en remet à la fatalité : « cela m’est arrivé parce que c’est Dieu qui l’a prévu ». Non, c’est la main de l’Homme. Je crois franchement que ce texte régional au profit des consommateurs permettra d’harmoniser les approches des différents pays de la CEDEAO pour véritablement prendre en compte l’élément central de protection des consommateurs dans tout l’espace. Que ce soit au Mali, au Burkina ou au Nigéria, le consommateur demeure un être humain dans un espace régional intégré qui doit être protégé par rapport à des contrefaçons, des malfaçons. C’est pour cela que, pour une première, les consommateurs vont intégrer les organes de l’Infrastructure Qualité de la CEDEAO (IRQ). Nous aurons désormais des associations de consommateurs dans les six (06) organes très importants de l’IRQ,pour un mandat de 3ans : les comités communautaires d’accréditation, d’évaluation de la conformité, de la réglementation technique, de la métrologie et même au cœur du dispositif, à travers le Conseil communautaire de la qualité et l’Agence CEDEAO de la Qualité. Je pense que nous sommes sur le bon chemin. Il fallait du temps pour commencer et la CEDEAO a pris à bras le corps le sujet. Les Associations de protection des consommateurs sont très heureuses. L’une des résolutions fortes qu’elles ont prises est d’accompagner sur le terrain la CEDEAO à protéger les consommateurs de la région. Nous avons désigné des points focaux des consommateurs pour pouvoir nous accompagner et nous représenter de manière valable.

 

PSQAO : Pouvez-vous nous dire un mot sur les difficultés que rencontrent les consommateurs Burkinabè ?

 

M. DA Hien Daniel : Les difficultés que rencontrent les consommateurs Burkinabè ne sont pas différentes de celles des autres consommateurs de la région. C’est vrai que chaque pays a ses spécificités. Nous, nous avons ici la chance d’être bien écoutés. La Ligue des consommateurs est une organisation citoyenne de veille, d’interpellation, et également une force de propositions pour davantage mieux consommer. Ce qui fait qu’aujourd’hui, nous sommes partenaire du Gouvernement à travers les différents conseils spécialisés, les commissions spécialisées, les conseils d’administration. La Ligue des Consommateurs représente les consommateurs dans plus de 160 Institutions parce que la question de la consommation au Burkina est une question ouverte, elle est citoyenne. Mais nous n’avons pas toujours des opérateurs, des prestataires de services, des producteurs vraiment civiques. Nous n’avons pas toujours des opérateurs qui sont convaincus. Ils ne pensent même pas que le consommateur final, mieux qu’un client, soit un roi. Il ne consommera que ce qu’il veut et le producteur ne produira que ce que le consommateur veut. Je crois que la difficulté est là. Nous avons une population analphabète avec des producteurs pas très informés des droits de la consommation, ils ne sont préoccupés que par leurs intérêts directs, le profit. Mais attention, rien que le profit ne fait pas l’affaire. Je pense aujourd’hui, qu’il faut mettre l’humain au centre. Au Burkina, nous avons des problèmes, avec des institutions privées comme les opérateurs, parfois même pour être compris. Portant, lorsque nous prenons des positions, c’est après des études, après moult réflexions. Aucune position de la Ligue des Consommateurs n’est guidée par une visée politique, ni pour faire chuter qui que ce soit. C’est pour améliorer la consommation au Burkina Faso. Nous rencontrons beaucoup d’opérateurs qui posent des actes qu’ils regrettent plus tard, souvent parce qu’ils n’avaient pas conscience ou connaissance des effets de leurs actes ou produits qu’ils ont mis sur le marché. Parfois, nous sommes tombés sur des producteurs de bière qui malheureusement, ont perdu un parent qui a été le premier à consommer le produit qu’ils avaient mis sur le marché. C’est pour dire que l’éducation du consommateur doit être renforcée et ça, je pense que c’est un réel problème. Partout, on dit que c’est du ressort de la Ligue des Consommateurs, mais nous acceptons. Mais l’éducation du consommateur est du domaine de l’Etat Burkinabè qui doit mettre en place des programmes d’éducation des consommateurs pour des domaines comme la consommation des produits, la consommation des services. 

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